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Lettre ouverte à Gérard Collomb – Pour en finir avec la captivité des animaux dans les cirques

Périodiquement on y a droit. On les oublie, on n’y pense pas et puis un jour lors d’une promenade en ville ou en se rendant au métro, en allant au travail on les voit ces affiches, éclatantes et bariolées, joyeuses et hétéroclites ; agrafées aux lampadaires ou collées sur des palissades de chantier, elles annoncent l’arrivée d’un cirque. On y voit le sourire triomphant d’un monsieur Loyal ou d’un clown entouré de créatures qui peuplent son univers féérique : zèbres, lions, chameaux, éléphants, pumas, tigres, primates et reptiles.

Durant ces fééries nous pouvons voir des animaux mythiques, impressionnants, majestueux, effectuer des numéros incroyables, nous avons l’impression d’y retrouver les héros de nos dessins animés préférés, c’est le moment de magie familiale par excellence.

Mais ces spectacles destinés à émerveiller des enfants, donneraient la nausée à n’importe lequel d’entre eux s’ils avaient un aperçu des coulisses : sous la musique joyeuse et tonitruante, le claquement du fouet, après la récompense : l’affamement, après la scène : l’enfermement. Les paillettes et projecteurs sont d’habiles procédés pour dissimuler les plaies physiques et morales de ces êtres exploités, humiliés, et nous maintenir dans un confortable aveuglement.

Les animaux méritent mieux que la captivité et l’asservissement

Les animaux sont des êtres sensibles et intelligents. Il ne se passe pas une semaine sans que ce fait soit rappelé quelque part dans la presse, pourtant nous continuons d’agir comme si on n’était pas au courant. La condition des animaux dans les cirques est une barbarie inutile dénoncée depuis longtemps par des associations et par certains circassiens eux-même, tels Joseph Bouglione, descendant d’une célèbre famille de dompteurs, qui a décidé de ne plus contribuer à leur calvaire. Un consensus scientifique, exprimé par la position de la Fédération des Vétérinaires d’Europe à ce sujet, fait état d’une “impossibilité absolue [pour les cirques] de répondre de façon adéquate aux besoins physiologiques, mentaux et sociaux” des mammifères sauvages.

On le sait, le dressage des animaux repose sur la torture, l’asservissement, la domination, la coercition, l’humiliation… autant de violences abjectes incompatibles avec l’art, qui doit être l’expression joyeuse d’une volonté libre. L’exploitation animale n’agrémente pas les arts du cirque ; elle les salit.

L’Europe évolue… à quand la France ?

Ces données ont été prises en compte par de nombreux pays européens qui ont déjà interdit la présence des animaux dans les cirques tels l’Autriche, la Catalogne espagnole, la Belgique, la Bulgarie, la Croatie… et récemment l’Italie, l’Irlande, le Royaume-Uni. Quelques villes françaises audacieuses telles Montpellier et Strasbourg ont osé prendre position mais dans l’ensemble le reste du pays se cantonne à un immobilisme poltron. 67% des français, pourtant, sont favorables à l’interdiction de l’exploitation des animaux sauvages dans les cirques.

Puisque l’État semble complètement indifférent à une problématique dénoncée par la communauté scientifique et par la majorité des citoyens français, chacun doit assumer sa part de responsabilité. La ville de Lyon tolère encore des cirques détenant des animaux en captivité sur son territoire ainsi que leur affichage sauvage, pourtant illégal, dans toute la ville ; à elle de rendre justice à l’animal auquel elle s’identifie si fièrement et qui orne ses armoiries – ainsi qu’à tous les autres. Nous lui demandons de prendre publiquement position contre la détention et l’exploitation d’animaux dans les cirques et de demander à l’État de légiférer, afin que la France puisse se ranger aux côtés des autres pays européens progressistes sur la question.

Notre empathie doit nous rappeler que chaque être sensible et conscient a besoin de grands espaces, de liberté, d’amour et de respect pour vivre dignement.

Emilie Pujol